GESTE Paris 2018 Binaire/Non-Binaire by Théo Loinard

GESTE Paris 2018 – Binaire / Non-Binaire

L’exposition GESTE Paris 2018 a rassemblé un ensemble d’œuvres très hétérogène, réuni autour du thème « Binaire / Non-Binaire ». Au total, une soixantaine d’artistes ont été exposés pendant le mois de la photographie dans le cadre privilégié d’un appartement parisien. Organisée par l’artiste Shiva Lynn Burgos dans son domicile parisien, l’exposition est avant tout un dialogue entre des œuvres issues de leur propre collection et des œuvres choisies d’artistes sélectionnés.

En poussant la porte d’entrée, le visiteur rentre dans l’intimité d’une collection privée. En effet, contrairement au classique white cube des galeries d’art, ici le visiteur est pleinement immergé dans un espace de vie quotidienne où l’œuvre retrouve son usage premier d’objet de décoration. Le temps d’un instant hésitant, mais la surprise s’estompant, le visiteur commence la visite et le dialogue se met en place.

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Le cadre convivial de l’appartement bourgeois était essentiel à ce dialogue, véritable hommage aux salons français du XVIIIe siècle. L’organisation de plusieurs conférences au cours de l’exposition a de ce fait permis de donner la parole aux artistes et de créer cet échange intimiste avec les visiteurs, constitués d’amateurs d’art, de professionnels et de critiques.

Le visiteur commence la visite par des œuvres de pionniers du computer art. Deux œuvres de l’anglais Desmond Paul Henry, une œuvre de Vera Molnar, des œuvres de Robert Mallary et Waldemar Cordeiro, apportent toutes une approche du thème « Binaire / Non-Binaire » correspondant à l’utilisation de protocoles informatiques et robotiques.

Très vite, d’autres œuvres se greffent, laissant entrevoir le principal angle d’attaque scénographique de la curatrice des lieux, un angle avant tout esthétique. Deux photographies hypnotiques de l’artiste israélien Tom Marshak où les visages se retrouvent effacés sous acide. Plus loin quatre œuvre unique issues du travail encore trop peu connu de l’artiste italien Gianfranco Chiavacci.

Après quelques œuvres utilisant la crypto-monnaie et du Blockchain art, tels que celles de Rob Meyers ou Martin Lukas Ostachowski, le visiteur découvre les grands formats de Martin Désilets, Susan Morris et Aldebarán Solares. Surplombant une œuvre de Brancusi, une impression de l’américain David Young, spécialiste de l’intelligence artificielle, témoigne du traitement d’une fleur et de sa représentation par une IA limitée. L’exposition se poursuit avec les expérimentations sous forme de codes binaires de Lori Hepner et le travail sur les jeunes hommes asiatiques par la photographe Corinne Mariaud.

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Il était enfin impossible d’éviter la question du genre, notamment à travers un magnifique portrait par Quentin Houdas reprenant tous les  codes des portraits classiques et représentant la mannequin brésilienne Maia, né homme. Les photographies de Chill Okubo complètent le sujet avec en illustrant le non-genre travers les hackings de Cuco Cuca.

Regroupant des œuvres du Computer Art, de la photographie contemporaine, des projets vidéos et sonores, de la peinture, en passant par le  Blockchain Art, mais aussi des projets traitant pleinement de la problématique du genre, le thème de l’exposition pose plus de questions qu’il n’apporte de réponse. Et c’est là tout l’enjeu de cette exposition ! L’ensemble permet de découvrir des artistes moins connus aux côtés d’artistes majeurs dans un environnement convivial où le débat est parti intégrante de l’exposition.

Théo Loinard